Il y a déjà plusieurs mois qu'Ariel Sharon et ses porte-parole officiels et officieux ainsi que d'autres dirigeants politiques israéliens de droite et d'extrême droite multiplient les propos désobligeants contre la Belgique.
Rien ni personne n'est épargné : les médias, le pouvoir judiciaire, le gouvernement, les partis, l'opinion publique, soit le peuple belge tout entier, sont, tour à tour, directement et brutalement attaqués.
Les médias pratiquent, selon leurs censeurs, une désinformation systématique dans le conflit israélo-arabe, Israël y étant présenté exclusivement comme un occupant implacable et le peuple palestinien comme une innocente victime.
Le pouvoir judiciaire n'est pas mieux traité : au lieu de rejeter d'emblée la plainte déposée contre M. Sharon par des survivants des massacres de Sabra et Chatila en septembre 1982, la magistrature belge s'acharne contre celui qui, à l'époque, était le ministre de la Défense. Selon le « clan Sharon », les magistrats belges qui instruisent ce dossier sont à la botte du gouvernement. Ce dernier n'agit de la sorte que pour obtempérer aux injonctions des partis qui forment la coalition gouvernementale.
Quant à ces partis, ils sont, toujours selon leurs contempteurs israéliens, mus par trois préoccupations convergentes : acquérir la sympathie et les voix du corps électoral d'origine maghrébine, qu'ils croient sous influence islamiste et anti-israélienne; faire plaisir à la fraction autochtone de cet électorat, dont ils satisferaient à bon compte l'antisémitisme latent et potentiellement récurrent et, dans un tout autre registre, ôter aux réseaux terroristes opérant en Europe toute raison de s'attaquer à des personnes ou à des intérêts belges.
L'opinion publique belge, enfin, est présentée comme foncièrement antisémite même si - souvenir de la Shoah oblige - elle n'ose pas se déclarer comme telle et met en avant un pseudohumanitarisme propalestinien.
Il ne faut pas prendre ces apparents enfantillages pour des réactions purement épidermiques. C'est d'une propagande soigneusement orchestrée qu'il s'agit. Ce n'est ni gratuitement ni fortuitement que les dirigeants israéliens prêtent à la Belgique et à ses dirigeants de noirs desseins. Ils cherchent à semer la discorde entre les diverses composantes de la population belge et, en définitive, à attiser un antisémitisme bien réel, mais relativement peu répandu chez nous.
Loin de moi de vouloir nier ou minimiser la recrudescence de l'antisémitisme en Belgique qui s'est manifestée depuis la deuxième Intifada. Mais force est de reconnaître qu'elle est, jusqu'ici, restée strictement limitée à une partie, très minoritaire, de la jeunesse d'origine maghrébine, celle qui est sensible au message et aux slogans de la mouvance islamiste.
En définitive, où veut en venir la propagande israélienne et quel est le but que poursuivent ses instigateurs ? Créer et approfondir un fossé entre la petite communauté juive de Belgique (qui compte à peine 40.000 personnes) et l'ensemble de la population de notre pays en faisant croire aux Juifs qui y habitent et y sont fort bien intégrés que « l'antisémitisme est de retour » et que, pour vivre heureux et en sécurité, il n'y aurait pas d'autre issue que l'immigration en Israël.
Ce serait pour ceux qui préconisent cette solution par le vide d'un pseudoproblème judéo-belge, une façon de combler, au moins en partie, un autre vide : celui créé par la fuite des cerveaux (et des capitaux) se traduisant par une émigration croissante de jeunes Israéliens principalement vers les pays anglo-saxons. L'accueil réservé par les dirigeants et les médias israéliens à l'arrêt rendu le 12 février dernier par la Cour de cassation dans ce qu'on appelle improprement le procès Sharon manifeste qu'ils sont passés d'un chauvinisme excessif à une paranoïa délirante. A partir d'une analyse erronée, la classe politique israélienne en est arrivée à des insultes, des accusations et des menaces extravagantes qui défient le plus élémentaire bon sens.
Les Israéliens ont vu dans cet arrêt, pourtant mûrement réfléchi et sagement pesé, ce qui ne s'y trouve pas : une évidente partialité « anti-Sharon » (c'est lui qu'on poursuit alors que les véritables auteurs des massacres de Sabra et Chatila continuent à jouir de l'impunité) et une violation de l'autorité de la chose jugée.
Ces deux critiques ne reposent sur aucun fondement.
Un : loin de ne s'en prendre qu'au seul Sharon, l'arrêt de la Cour décide que seul ce dernier ne pourra être poursuivi et cela en vertu de son immunité de fonction qu'il tient d'une coutume internationale primant sur la loi belge de compétence universelle. Tous les autres participants ou complices auront à répondre de leurs actes, y compris les tueurs libanais dont la plupart doivent encore être identifiés.
Deux : l'autorité de la chose jugée ne peut s'appliquer aux conclusions d'une commission d'enquête israélienne qui ne faisait pas partie du pouvoir judiciaire. Si elle a retenu la responsabilité personnelle mais indirecte de Sharon dans la perpétration des massacres de Sabra et Chatila, elle n'avait pas compétence pour ordonner ou interdire des poursuites pénales contre lui.
Je ne m'étendrai pas sur toutes les allégations mensongères dont les Israéliens accablent la Belgique, ses magistrats, son gouvernement, son peuple et jusqu'à la famille royale, à qui ils reprochent d'avoir collaboré à la perpétration de la Shoah !
Deux menaces proférées contre la Belgique sont particulièrement répugnantes : celle d'un boycott économique étendu aux Etats-Unis via le lobby israélien qui y est particulièrement actif et l'interdiction de l'accès du territoire israélien qui s'appliquerait aux touristes belges non juifs. Quant aux Juifs belges, « on » leur recommande vivement de quitter au plus vite un pays aussi antisémite, passé dans le camp ennemi et allié au terrorisme international !
En tant que Juif belge, je me sens deux fois concerné par cette mauvaise querelle cherchée à la Belgique. Comme Juif, parce que le gouvernement israélien prétend être en droit de parler et d'agir au nom de tous les Juifs et pas seulement des Juifs israéliens. Je lui dénie formellement ce droit et tiens à me démarquer des imputations infâmes et infamantes qui cherchent à salir l'honneur du peuple belge.
En tant que citoyen belge, je dénonce des pratiques aussi déshonorantes. Je me sens injustement attaqué quand on attaque ainsi mon pays qui, selon ses accusateurs, serait devenu antisémite sans même s'en rendre compte ! L'antisémitisme prêté au peuple belge n'existe en réalité que dans l'imagination débridée de ceux qui y croient vraiment et dans les calculs hasardeux de ceux qui les manipulent.
Dr. Laurie King-Irani is North American Coordinator of International Campaign for Justice for the Victims of Sabra & Shatila. For media queries, write to coordinator@indictsharon.net. For website queries, write to webmaster@indictsharon.net.
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This page is part of indictsharon.net, the website of the International Campaign for Justice for the Victims of Sabra & Shatila, offering news on the case lodged in Belgium against Israeli Prime Minister Ariel Sharon and other Israelis and Lebanese responsible for the massacre, killing, rape and disappearance of civilians that took place in Beirut between 16 and 18 September 1982 in the camps of Sabra and Shatila and the surrounding area.
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